einsturzende neubauten

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einsturzende neubauten

Message par RAMMSTEIN le Mer 5 Sep 2007 - 21:02

J'adore ce groupe, il est trop bien!!!(j'ai pas trouvé de photos désolée...)

Né près de dix ans avant la chute du Mur de Berlin, le collectif EINSTURZENDE NEUBAUTEN (littéralement: des immeubles neufs qui s'effondrent) a fait assez de bruit au cours des années 80 pour qu'on se souvienne au moins de son nom imprononçable et de sa réputation (concerts de marteaux-piqueurs). Parmi ses membres: BLIXA BARGELD, ex guitariste de NICK CAVE.

chronologie:
1980: Premier concert de Einsturzende Neubauten le 1er avril à Berlin. Tournée en Allemagne.
1981: “The Berlin Disease“, un documentaire sur la première tournée de Einsturzende Neubauten en Allemagne,
une vidéo de Herbert Meisses et Klaus Maeck. Tournée mondiale. 1982: Tournée dont apparitions à la “Biennale“, Paris et le Kassel “Dokumenta“.
1983: Participation à la musique du film “Decoder“, un long métrage de Muscha et Klaus Maeck .
1984: “Concert for Machinery and Voice“ – commande du ICA, Londres. “Excerpt“ - commande, désert Mojave.
1985: “1/2 Human“, un film de Sogo Ishii avec Einsturzende Neubauten. Tournée mondiale.
1986: Tournée dont apparitions spéciales au “Expo ’86“ à Vancouver, en Islande et au Reichsparteitagsgelande Nuremberg, Golden Room.
1987: Musique pour la comédie musicale “Andi“, Deutsches Schauspielhaus Hamburg.
Metteur en scène : Peter Zadek.
Musique de “Armageddon“, un ballet de Ulf Gadd, Storan Teater Goteborg.
Tournée avec un concert exceptionnel, “Sculpture Projects Munster“. 1988: Musique de “Description of a Picture“ de Heiner Muller, pièce de théâtre pour la radio, station de radio Voice of the GDR.
Tournée (Europe) et concert exceptionnel au Centro Per L’arte Contemporanea Luigi Pecci, Prato.
1989: Musique pour la pièce de théâtre Hamlet/Machine, de Heiner Muller, Metteur en scène : Heiner Muller, Deutsches Theater Berlin.
Tournée mondiale dont des concerts exceptionnels aux Nautical Museum, Amsterdam, “MS Mercuur“ et Turin (ancienne usine Fiat) “Fiat Lingotto“.
“Listen with Pain“ – publication d’un livre sur Einsturzende Neubauten; éditeur: Klaus Maeck.
1990: “ Concert Commemorating Ten Years of Einsturzende Neubauten with Friends“, Berlin.
“Ten Years of Einsturzende Neubauten“, exposition au Kunstlerhaus Bethanien à Berlin et au Art Space de San Francisco.
1991: Musique de “The Hamlet Machine“, de Heiner Muller, pièce de théâtre pour la radio, Voice of the GDR.
Tournée mondiale.
1992: Musique de “The Eye of the Typhoon“, performance apocalyptique pour le 300ème anniversaire de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, imaginée par Erich Wonder. 1993: “Love-songs“, une rétrospective de Einsturzende Neubauten, 1980-1993, un documentaire télé et une vidéo;
Réalisateurs : Klaus Maeck and Johanna Schenkel.
“Video Opera“, de Nam June Paik avec Einsturzende Neubauten, Donauesching Music Festival.
Concert de Einsturzende Neubauten au “Tempus Fugit Festival“, en collaboration avec le Salzburg Festival.
“The Eye of the Typhoon“, un film et une vidéo; Réalisateur: Paulus Manker (long métrage).
Tournée mondiale.
1994: Musique pour “Faust: My Breastbone: My Helmet“ de Werner Schwab, au Hans Otto Theater Potsdam;
Metteur en scène: Thomas Thieme.
1995: Musique de “Katarsis Oedipus“, Teatret Dance Lab Kopenhagen; Chorégraphe: Anita Saij.
1997: “Headcleaner : Text for Einsturzende Neubauten“, livre publié par Gestalten Verlag, Berlin.
Tournée européenne.
1998: Tournée américaine de Einsturzende Neubauten.


1980 – 2000 : 20 ans de marginalité

“ L’harmonie est une exception et c’est ce caractère exceptionnel qui fait que sa force séductrice est un véritable non-sens. Si l’harmonie était une loi, il faudrait l’enfreindre afin de raviver l’enfer des sons grâce à de magnifiques dissonances. La musique nous émeut tout simplement parce qu’elle n’est que potentiel et non un phénomène figé. La tonalité nous intéresse parce qu’elle défriche des terres inconnues et non parce que c’est la musique tonale qui règne avec suprématie depuis près d’un millénaire. Les accords nous émeuvent parce qu’ils soulignent nos souffrances et non parce qu’ils respectent les lois de l’harmonie. Le monde est potentiellement espace et pas son. Le monde n’est pas une symphonie mais un cauchemar bruyant qui a raison de se rappeler qu’au-delà du tourbillon de bruit, un ensemble de sons ordonnés et imaginaire peut se mettre en place ”. Peter Sloterdijk

Les premières années, les premiers mouvements. Le 1er avril 1980. Le premier concert d’une formation ad hoc nommée Einsturzende Neubauten a lieu au Moon à Berlin. Sur la scène : Blixa Bargeld, N.U. Unruh, Gudrun Gut, Beat Bartel. Blixa Bargeld : “ Ce groupe ne devait durer que le temps d’un concert et il s’est constitué un peu par hasard. Je n’ai pas imaginé une seule seconde qu’il serait encore là 20 ans après. La nature accidentelle de notre formation et le concept de non-concept qui y est associée a fait que le groupe s’est développé naturellement et s’est amélioré au fil du temps. De 80 à 83, nous étions très clairement sur scène le groupe le moins organisé et le plus chaotique au monde, pas d’instruments précis, pas de set, pas de tenues de scènes, pas de paroles fixes, rien de prévu. Il était logique que nous continuions à nous redéfinir et à évoluer sans arrêt ”.

Avec les années, cette métamorphose quasi permanente a donné lieu à des résultats notoires : simulacres, diversions, faux-semblants, stratagèmes – et ce, dès les premiers singles, ‘The End Of The World’ et ‘Cold Stars’, jusqu’au tout dernier album ‘Silence Is Sexy’. Les immeubles s’écroulent comme des châteaux de cartes : c’est le passage éphémère et dévastateur d’un état à un autre. L’Avant et l’Après peuvent enfin être décrits. L’entre-deux ne peut qu’être ressenti. Les détails sont visionnés au ralenti. Appuyez sur le bouton Répétition :
En 1981, ‘Collapse’, le premier album, voit le jour. Du premier groupe spontané formé au Festival of Genial Dillettantes émerge un trio : Blixa Bargeld, N.U. Unruh, F.M. Einheit. Ce groupe crée le son du désordre, la musique du choc social.

“ Je n’ai pas envie de jouer des notes flatteuses à l’oreille. Il en existe assez comme ça. Je veux que quelque chose se passe. Je laisse le savoir-faire musical aux musiciens, les laquais en quelque sorte. Je veux provoquer des événements. L’intensité est et a toujours été la seule valeur acceptable à mes yeux. Toutes les autres valeurs ne sont que supercherie. L’intensité laisse toujours une trace derrière elle ”. Blixa Bargeld 1983.

Le trio devient un quintette avec l’arrivée d’Alex Hacke et Mark Chung. Le groupe reste inchangé jusqu’au triptyque ‘Tabula Rasa / Interim / Malediction’. Les titres de l’époque sont ‘Listen With Pain’, ‘War In The Cities’, ‘Turn Into An Animal’, ‘Negative No’ et ‘Steel Version’. La musique reste toujours largement improvisée et les instruments-objets sont récupérés dans des friches industrielles. Le son est un objet trouvé et malléable.

Plutôt que de se limiter à la maîtrise de l’instrument, c’est le principe de l’effet pur qui est recherché, la libération d’une énergie pure. C’est un concept et une pratique basés sur “ l’art en tant que rituel et non pas en tant que forme. Einsturzende Neubauten a réclamé le droit à contrôler l’incontrôlable. Quel que soit le niveau de maîtrise technique ou de la performance scénique atteinte par le groupe en concert, ce dernier a ramené la musique à sa fonction pre-mimétique première, c’est-à-dire à un moment magique où les possibilités cathartiques sont multiples. Einsturzende Neubauten a beaucoup évolué depuis la sortie du premier album ‘Collapse’ en 1981 : la compréhension du concept de la chanson pop; la prétention littéraire des textes ; l’idée de stratégie esthétique et sa relation avec les circonstances sociales. Ce serait perdre son temps que de chercher une image de réalité dans la musique de Einsturzende Neubauten. Ce serait trop restrictif. Ils transforment des pans entiers de cette réalité - ce qui est l’image même de leur esthétique du défrichage et de l’érosion - en une incarnation musicale, la mise en musique de l’horreur, une attaque brutale du système nerveux de l’auditeur. La musique est devenue un travail acharné pour la libération de sons inconnus et étranges, la beauté des dissonances, le hurlement des machines, le delirium du cri. C’est la recherche d’un son aux confins de la musique et la recherche de la musique aux confins des sonorités. Pour Einsturzende Neubauten, le caractère explosif de cette esthétique donne naissance à un cri enthousiaste et délirant et à un soupir proche du silence.

“ Einsturzende Neubauten est un bruit concret, le plus concret de tous les bruits ”. Blixa Bargeld

La critique Susan Sontag a écrit que l’art véritable a la faculté de nous rendre nerveux. Et voici Einsturzende Neubauten qui joue délibérément avec notre irritabilité et nos incertitudes qui sont la source de toutes les extrêmes. C’est l’extinction des impulsions, la surabondance des décibels, une overdose d’emphase, avec la ferme intention d’exporter le chaos au sein de l’ordre bien établi du bon goût. Cela fait que le groupe est devenu une pierre angulaire de la culture de masse, qui réagit parce qu’il est mobile et qu’il s’adapte, il campe sur ses positions en ayant l’air de dire ‘Nous sommes à part’. Avec leur rôle de dissidents de la culture pop anglo-américaine et leurs textes provocateurs, pleins de métaphores et de jeux de mots, ils sont devenus le plus original des groupes allemands. Ils ont survécu au non-sens qu’était la new wave allemande parce qu’ils étaient l’antithèse de la culture éphémère qui veut qu’on soit à la mode un jour et que l’on disparaisse le lendemain. C’est parce que leurs délires de bruit, leurs fantasmes musicaux de catastrophes ont rempli l’espace de manière ironique entre la réalité et la fiction. D’autant qu’ils ont eu le courage de résister à la tentation de céder aux attentes du public.

“ Je crois que jusqu’à présent, nous avons réussi à ne pas répondre systématiquement aux attentes du public. Le jour où il est devenu évident que la scène explosait à chaque concert que donnait Einsturzende Neubauten, nous avons du arrêter. Sinon nous aurions commencer à jouer un rôle ”. F.M. Einheit

A moitié humain sur l’échelle de Richter.

Souffrances interminables, autodestruction, pulsions de mort – voici une liste typique de termes passe-partout dont Einsturzende Neubauten se voit généralement affublé. Au premier abord, il semblerait que le nihilisme ne laisse que très peu de place au désir, mais on ne saurait se méprendre sur le déchirement pathétique des sentiments. Et c’est précisément à ce niveau-là que Einsturzende Neubauten devient vraiment intéressant. C’est à ce moment-là que nous commençons à comprendre la musique et les paroles du groupe. Ces moments – quand l’âme se déchire, que l’ego est rassasié et que le Yu Gong déplace des montagnes – masquent non seulement des remords manifestes et stylisent la souffrance mais cachent aussi le sourire sardonique de l’ironie. Comme leur enthousiasme atteint le royaume de l’irrésistible, ils l’ébranlent aussitôt avec la même application qu’ils mettraient à maltraiter les tympans et les conduits auditifs de l’auditeur. L’ironie, c’est prendre quelqu’un pour quelqu’un d’autre. La maîtrise scénique commence à pénétrer lentement la musique et les concerts de Einsturzende Neubauten.

“ Nos débuts ont été 100% spontanés. En fait, nous ne faisions que jouer. Après 101 concerts, des signes de tromperie ont commencé à apparaître. L’improvisation a commencé à se figer et les structures ont commencé à se répéter. Appeler ça de la spontanéité serait mentir. Les derniers concerts ont d’une certaine façon été préparés. Ça n’était pas une spontanéité préparée. Juste Einsturzende Neubauten dirigeant les choses depuis la scène. Nous n’avions plus à faire les actions, les suggérer était suffisant. Quand le public nous connaît, la suggestion est largement suffisante. Je crois que c’est une bonne chose. Je ne crois pas que ce soit foncièrement mauvais que nous dirigions nos concerts. De toute façon, c’est une manière très honnête de voir les choses ”. Blixa Bargeld

Plus honnête et plus saine, une manière de se réinventer à chaque fois. “ La relation première entre l’art et la vie est plutôt malsaine. Si nous jouions encore comme nous le faisions au début des années 80, nous ne serions que des parodies de nous-mêmes ou nous serions complètement cuits ”. Blixa Bargeld

Einsturzende Neubauten évite l’explicite dans leur musique car aujourd’hui ce qui est explicite est forcément trompeur. Bien sûr, la compréhension de la musique veut que certaines règles soient respectées. Mais Einsturzende Neubauten ne joue pas une musique sensuelle, leur musique est physique. Mais ceci n’a rien à voir avec l’aspect physique de la musique de discothèque populaire et formatée. Nous parlons de la musique comme expérience traumatique. Avec leurs éruptions spasmodiques, leur voyage délirant dans l’incompréhensible et des sons qui dépassent le stade de la douleur, ils délivrent une énergie qui touche le corps de plein fouet. Ici, le vacarme de la société prend une forme musicale qui ne se définit qu’en termes d’excès et de gaspillage. La planète danse au bord du précipice et le système nerveux central de l’auditeur danse avec elle. Sans que toutefois, comme certains le croient, le groupe ne glorifie l’Apocalypse, Einsturzende Neubauten nous révèle simplement la beauté du chaos, le potentiel expressif de la dissonance qui se manifeste aujourd’hui de manière plus subtile et organisée dans leurs morceaux.

Hamlet dans la maison des mensonges.
“ House of Lies ” est un tournant dans le développement de Einsturzende Neubauten. Avec cet album, le groupe passe du statut d’adorateurs underground de la puissance cathartique du bruit primitif à celui d’agitateurs de la culture officielle. “ House of Lies ” donne naissance à un courant musical où les chansons deviennent plus autonomes et rythmiquement linéaires. Le néo-primitivisme habite toujours les chansons et la beauté du chaos et de la dissonance est encore évoquée avec cependant moins d’emphase et plus d’humour. Ce vertige cérébral est jeté au visage d’un pays devenu un Lego-land. Des trous sont percés dans le cervelet. C’est le signe d’un langage qui se réfléchit. Dans ce pays endurci, personne d’autre que ces musiciens ne répondront mieux à l’exigence de Nietzsche pour un chaos qu’il faut porter en soi-même afin de devenir des “ étoiles de la danse ”. Depuis longtemps déjà, le désir d’autodestruction a donné naissance à une nouvelle forme stylistique. Mais : “ la moitié du monde seulement est constituée de Téflon et d’amiante, le reste est inflammable et c’est assez amusant de le voir brûler ”.
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Re: einsturzende neubauten

Message par RAMMSTEIN le Mer 5 Sep 2007 - 21:04

je pouvais pas poster plus long donc je dois faire en plusieurs messages désolée!

Pour la pièce de Heiner Muller “ The Hamlet Machine ”, avec sa peinture de mots violente, toxique et précise, Einsturzende Neubauten a su créer un paysage sonore adéquat. Blixa Bargeld est Hamlet ; non, il n’est pas Hamlet ; c’est un acteur qui ne veut pas être Hamlet ; est Hamlet celui qui se complet dans son rôle – et qui joue le rôle de Blixa Bargeld. Croassant d’une voix rauque, articulant d’une voix cristalline, il navigue entre les extrêmes du nihilisme et de l’engagement, de la distance et de l’intensité. Il creuse dans la tombe de la musique comestible. Il chante, parle et façonne toujours ses matériaux lui-même, et il continuera encore et toujours à le faire.

“ J’ai toujours travaillé de cette façon, cela fait partie de moi. L’aspect physique est quelque chose de très important à mes yeux. La musique engendre quelque chose de physique parce-qu’elle est une entité physique. Le moment décisif est celui quand vous atteignez le point où vous ne pouvez plus aller plus loin, qu’il ne vous reste plus de force, quand le matériau sur lequel vous travaillez commence à agir sur votre corps ”. F.M. Einheit

Un bureau propre avec la musique du diable

“ Tabula Rasa ” - dans ce cas présent, cela signifie aussi la somme de ce qui s’est passé avant et la façon de voir le présent. Pour l’instant, nous ne prendrons pas en compte le futur. L’album présente un caractère incomplet qui peut parfois irriter. Il sonne comme si des fragments se dispersaient après une explosion et qu’ils volaient de toutes parts. Cette allusion à l’imperfection, à la superficialité et à la suggestion reflète de manière subtile le processus de la genèse. D’une certaine façon, beaucoup de ce que Einsturzende Neubauten a accompli après 12 ans d’existence représente un travail sur soi. Même l’amour, ce thème qui nous amène de manière séduisante au superficiel et au trivial, est abordé sous une forme réflective. Blixa Bargeld ne chante ni ne parle d’amour mais de la façon ou de l’impossibilité d’en parler. “ Des éléments cosmiques sortent de ma bouche quand il faut décrire un baiser ”, chante-t-il dans ‘The Interim Lover’. “ Ici, les mots ne sont pas inoffensifs, ils sont lourds de sens, je me traîne dans la boue des métaphores significatives, méta, méta, méta, pour mètres, et je fais des mouvements bien trop amples ”. Blixa Bargeld explique que pour lui il est 100 fois plus intéressant de faire quelque chose qui présente un intérêt linguistique que de se contenter du simple divertissement poétique. Dans ses paroles, il essaie de trouver un langage différent pour la musique populaire, un langage qui dépasserait les répétitions systématiques des mêmes thèmes. A l’extrême, il se risque même à la description formelle. Les paroles alternent entre des parties parlées et des indications scéniques pour une pièce de théâtre imaginaire – une pièce comme celles qu’écrit Heiner Muller. C’est l’arrangement musical d’une idylle inquiétante parmi les ruines, épouvantable et drôle, épuisante et volontairement mordante. En lieu et place d’une figure classique comme Iphigénie, on trouve une Jeanne d’Arc de circonstances : Joan Baez portant des sous-vêtements en agneau sacrifié – comme si on avait branché le répondeur si la question finale venait à être posée.

Cherchez le texte derrière le texte : “ C’est un peu par accident que les paroles de cet album soient apparemment faciles à retenir ou à comprendre, que l’on ait l’impression que dès la première écoute on sache de quoi elles parlent. C’est un nouveau départ pour Einsturzende Neubauten. Après tout, il existe assez d’exemples de chansons où après trois écoutes on n’ait toujours pas la moindre idée de quoi les paroles retournent. Cette fois-ci, vous croyez savoir de quoi il s’agit mais je crois qu’il y a encore beaucoup de texte derrière le texte.

Si j’avais voulu écrire autrement, dès le début, je ne m’y serais pas pris comme ça. Mes influences musicales auraient été complètement différentes aussi. Et alors le groupe ne se serait pas appelé Einsturzende Neubauten mais Atmosphere, Abba ou quelque chose comme ça. Après tout, le premier acte poétique, c’est de donner un nom à son enfant ”. Blixa Bargeld

“Faust: My Breastbone: My Helmet“, une œuvre de Werner Schwab, a été jouée pour la première fois en 1994 au Hans Otto Theatre de Potsdam et c’est Einsturzende Neubauten qui en a écrit la musique, une musique bureaucratique comme ils disent. Une musique pour armoire à classeurs, livres et bureaux. Blixa Bargeld joue le rôle de Mephisto. Il est question de stratégies où la séduction doute d’elle-même, mais dans un autre contexte. Les critiques d’alors pensent avoir compris la musique de Einsturzende Neubauten en voyant leur travail au théâtre, en écoutant leur mise en musique des textes de Heiner Muller ou Werner Schwab et leur travail pour la comédie musicale ‘Andi’ à Hambourg. Le passage du non-art revendiqué aux décors solennels des théâtres ? La vraie signification de leur stratégie contre le concept de culture se résume de la façon suivante : il faut pénétrer le territoire ennemi et l’occuper avec succès. Il y a de quoi être étonné par ceux qui, il y a quelques années encore, n’auraient pas mis le pied dans une usine et qui aujourd’hui investissent une scène éclairée par des musiciens jouant dans un vacarme infernal.

Finir neuf et sexy

L’album ‘Ending New’ correspond à une période de transition. Mark Chung et F.M. Einheit ont quitté le groupe et ont été remplacés par Jochen Arbeit et Rudi Moser. “ Comme notre nom l’indique clairement ”, explique Blixa Bargeld, “ Einsturzende Neubauten ne se répétera pas nécessairement à chaque fois. Ce qui est construit est fait pour être détruit à nouveau ”. Le groupe originel, qui se percevait comme une cellule à structure simple, est devenu un organisme complexe : de multiples projets musicaux qui apparaissent et disparaissent dans des endroits improbables. Les fondements de Einsturzende Neubauten sont labyrinthiques et tortueux. On se perd dans un réseau d’appartements, de pièces et d’endroits cachés. Chaque endroit, comme le langage de Blixa Bargeld, est le lieu de multiples activités. Le sol s’effrite. Cherchez la plage sous le goudron et vous trouverez des fils barbelés et du verre brisé. Cherchez l’excès et la destruction et vous vous retrouverez au cœur d’un orchestre à cordes. Recherchez l’authentique et vous entendrez le rire sardonique de l’ironie. La seule chose qui ne change pas, c’est le déplacement : le déplacement du viseur, l’attaque portée à la stupidité sans borne.

Le nouveau groupe travaille depuis trois ans sur son nouvel album ‘Silence Is Sexy’. Cet album sortira le 1er avril 2000, jour du 20ème anniversaire du premier concert de Einsturzende Neubauten – toujours le même groupe, toujours le même nom…

Discographie: Einsturzende Neubauten

1980 FUR DEN UNTERGANG (Single)
1981 KALTE STERNE (Single)
1981 KOLLAPS (Album)
1982 DURSTIGES TIER (Single)
1983 DIE ZEICHNUNGEN DES PATIENTEN O.T./DRAWINGS OF O.T. (Album)
1984 STRATEGIEN GEGEN ARCHITEKTUREN 80-83 (LP)
1985 YU-GUNG (Single)
1985 HALBER MENSCH (Album)
1987 FUNF AUF DER NACH OBEN OFFENEN RICHTERSCALA (Album)
1989 HAUS DER LUGE (Album)
1990 FEURIO! (Single)
1991 STRATEGIES AGAINST ARCHITECHTURE II (Double Album)
1991 DIE HAMLETMASCHINE (Album)
1993 TABULA RASA (Album)
1993 INTERIM (Single)
1993 MALEDICTION (Single)
1996 STELLA MARIS (Single)
1996 ENDE NEU (Album)
1997 NNNAAMMM Remixes (Single)
1997 ENDE NEU Remixes (Album)

Documentaires vidéo:
1986 HALBER MENSCH
1993 LIEBESLIEDER
1993 DAS AUGE DES TAIFUNS

Œuvres personnelles publiées Blixa Bargeld:
1995 Blixa Bargeld : COMISSIONED MUSIC (Album)
1996 Gudrun Gut & Blixa Bargeld: DIE SONNE(Album)
2000 Blixa Bargeld: RECYCLED - OST
Autres œuvres publiées avec Nick Cave And The Bad Seeds, Die Haut, et the Tim Isfort OrchestraAlexander Hacke
1993 Alexander Hacke: FILMARBEITEN (Album)
Autres œuvres publiées avec Meret Becker, Crime And The City Solution, et Die HautF.M. Einheit:
1990 F.M. Einheit: STEIN (Album)
1992 Stein (Einheit/Haage): STEINZEIT (Album)
1993 F.M. Einheit: PROMETHEUS - LEAR (Album)
1993 Andreas Ammer - F.M. Einheit: RADIO INFERNO (Album)
1994 F.M. Einheit & Caspar Brotzmann: MERRY CHRISTMAS (Album)
1995 Ammer / Einheit / Haage : APOCALYPSE LIVE (Album)
1995 Haage / Minton / Einheit: GOTO (Album)
1996 Stein: K#238#NIG ZUCKER (Album)
1996 F.M. Einheit: SENSATION DEATH(Album)
1996 Ammer / Einheit: DEUTSCHE KRIEGER (Album)
1998 Ammer / Einheit / Haage: ODYSSEUS 7 (Album)

remix:
1. Ende Neu (Special Gomez Mix)
Remixé par Jon Spencer
C’est Jon Spencer (Jon Spencer Blues Explosion) qui, d’un coup de son sceptre magique, a réanimé la scène rock américaine. Son dernier album, NOW I GOT WORRY, a remis au goût du jour le rockabilly, la soul et le blues de Memphis à la mode incendiaire du Blues Explosion. Il fut également un des membres éminents de Pussy Galore, groupe noise-rock légendaire des années 80, qui a rendu un hommage inoubliable à Neubauten avec sa reprise de Yü Gung

2. Installation No. 1 (Barry Adamson Mix)
Remixé par Barry Adamson
Barry Adamson fait ses premières armes à la basse au sein du très influent Magazine, avant de se joindre à la formation initiale de Nick Cave And The Bad Seeds. Depuis 1988, il travaille avec ardeur sur des oeuvres en CinémaScope avec les albums MOSS SIDE STORY, SOUL MURDER et OEDIPUS SCHMOEDIPUS et la réalisation de bandes originales pour la télévision et le cinéma, notamment pour Lost Highway, le dernier film de David Lynch.

3. NNNAAAMMM (Panasonic Remix)
Remixé par Panasonic
L’album VAKLO et le EP Osasto ont fait de ces trois finnois les pionniers de la techno minimaliste. Les enregistrements qu’ils réalisent pour le label Sâhko leur ont donné l’envergure d’un groupe culte et les expériences outrageuses d’art grotesque dont ils sont friands, comme leur système Audio Weapons qu’ils testent sur les passants innocents d’un marché aux puces londonien, leur ont bâti une solide renommée.

4. Stella Maris
Remixé par Soulwax
Devenu la ligue de guitare rock alternative n°1 avec son premier album, LEAVE THE STORY UNTOLD, ce quatuor belge a des affinités naturelles avec la guitare américaine contemporaine, ce qui ne l’empêche pas de transformer la recette originale afin de l’adapter à sa vision personnelle.

5. The Garden (The White Chair Remix)
Remixé par Alec Empire
Grand gourou de l’Atari Teenage Riot berlinois, patron du label Digital Hardcore Recording et musicien solo, Alec Empire est le maître à penser qui se cache derrière la techno cérébrale. Ses derniers travaux pour Force Inc. et Mille Plateaux (comme le single Les Etoiles) indiquent la nouvelle voie qu’il vient d’emprunter.

6. NNNAAAMMM (The Dark Welcome Mix)
Remixé par Darkus
Darkus, alias Mark Rutherford, est un producteur visionnaire qui a fait ses classes aux côtés de Goldie et de Peter Gabriel. Il a réalisé son dernier projet, intitulé Khao, en collaboration avec Jon Cafferty et John Gossling.

7. Ende Neu (Panacea Mix)
Remixé par Panacea
Panacea est l’un des rares producteurs de Drum & Bass à avoir été reconnu sur le plan international. La rigueur imaginative de son dernier album, LOW DARK PROFILE, sorti l’année dernière chez Chrome, lui a valu un accueil enthousiaste.

8. Was ist Ist (Kreidler Mix)
Remixé par Kreidler
Kreidler, un trio originaire de Düsseldorf, associe les techniques innovatrices des pionniers allemands de l’électronique tels que Can, Kraftwerk ou La Dusseldorf, aux structures musicales pop d’aujourd’hui. Son impressionnant potentiel artistique est largement mis en valeur sur son récent 45 T Fechterln.

9. NNNAAAMMM (Xing Mix)
Remixé par Thomas Fehlmann et Gudrun Gut
Membre de The Orb et producteur légendaire de Palais Schaumburg et des Rainbirds, Thomas Fehlmann est l’un des piliers les plus solides de la scène techno allemande. Quant à Gudrun Gut, ex-membre de l’illustre Malaria, elle est la fondatrice de l’Ocean Club à Berlin et se consacre largement au métier de producteur depuis quelques années.

10. Die Explosion im Festsplelhaus
Remixé par Techno Animal
Le dada de Techno Animal, alias Kevin Martin, est d’utiliser les méthodes d’expression musicale les plus diverses. En sa qualité de membre du groupe métal Godflesh et de participant actif aux expérimentations musicales Techno Animal et Sidewinder, il fait montre d’une créativité sans bornes. Il est également le réalisateur de Macro Dub Infection, une compilation regroupant une série de samples cultes.

"A chaque fois qu’il arrive dans une nouvelle ville, le voyageur retrouve un peu de son passé, une part de lui-même qu’il avait oubliée depuis longtemps : se sentir étranger face à ce que l’on était ou ce que l’on possédait dans le passé, c’est ce qui nous attend aux frontières de l’ailleurs." Italo Calvino

Ils ont pris leur temps. Après 'Silence Is Sexy', l’anthologie 'Strategies Against Architecture III', la bande originale de 'Berlin Babylon' et le live 'Brussels 9-15-2000', 'Perpetuum Mobile' arrive enfin. Le temps amène quelques changements – et depuis ses débuts, EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN a su, plus que n’importe quel autre groupe, mettre en musique l’incertitude, qu’elle soit grave, légère, publique ou privée. Ce groupe est un modèle de remise en question à chacun de ses albums – tout en restant honnête avec eux-mêmes, surtout dans leur métamorphose permanente. 'Perpetuum Mobile' élargit le spectre musical et l’enrichit de nouveaux ingrédients : comme cette façon radicale d’aborder la mélancolie sous forme d’adieux. Ou ces longues et épiques narrations qui prennent tout le temps nécessaire pour construire une dramaturgie idéale. Ailleurs, on trouvera des images sonores subtiles dont l’intensité grandit avec l’appauvrissement des éléments, ou des chansons qui laissent transparaître une beauté fragile ('Paradiesseits') ou une vraie et profonde tristesse ('Dead Friends (around the corner)'). Mais EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN repart immédiatement à la recherche de nouvelles sonorités inattendues – avec de nouvelles installations ('Boreas') ou une instrumentation surprenante faite de cordes, cuivres, pedal steel, clavecin, sifflets et compresseurs à air. Mais le but du jeu n’est pas en soi la recherche de sons ‘étranges’, ni l’expérimentation de nouveaux objets, mais plutôt un moyen de dépeindre des paysages sonores intéressants et étonnants où les paroles, le rythme et les sons ne forment plus qu’un. Tout comme cet album qui, de la première à la dernière chanson, 'Grundstück', développe sa propre logique aux aspects très surprenants.
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Re: einsturzende neubauten

Message par RAMMSTEIN le Mer 5 Sep 2007 - 21:05

je dois donc faire en 3 parties...

Departure
Au début il y a cet adieu: 'Ich gehe jetzt' (je pars maintenant). Ce truisme selon lequel toute forme de démolition cache une forme d’abandon est plus que jamais illustré de façon claire, logique et convaincante par EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN sur l'album 'Perpetuum Mobile'. Les Neubauten sont en mouvement et l’ont toujours été musicalement. Mais cette fois-ci, ils ont concentré leur énergie au sein d’un album concept : riche de nombreuses références et digressions, il décrit les routes et les détours que la vie nous réserve. Des voyages, des échappatoires, le ton est parfois ironique, parfois franc et direct. Neubauten en mouvement : on peut le prendre au premier degré. L’espace s’est élargi : Berlin n’est plus qu’un point sur la carte, le centre des expériences s’en est écarté et les perspectives géographiques figées se sont transformées en une vie de nomadisme. EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN ne vit plus là-bas, en tout cas plus de manière exclusive comme par le passé. Puisque les circonstances semblent inévitablement à même d’influencer toutes les formes de production artistique, 'Perpetuum Mobile' reflète la vie en marche. La vie apparaît comme un simple voyage éclair qui montre que les limites n’ont plus qu’une seule raison d’être : elles sont là pour être dépassées.

Under Surveillance
'Silence Is Sexy' (2000), le dernier album de EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN, a été enregistré dans plusieurs studios sur une période assez longue. Pour 'Perpetuum Mobile', le groupe, dont le line-up reste inchangé depuis 'Ende Neu', comprend Blixa Bargeld, Alexander Hacke, N. U. Unruh, Jochen Arbeit et Rudi Moser, a décidé d’utiliser une méthode de production nouvelle et inhabituelle en plaçant des webcams dans son studio de Berlin afin de diffuser sur le site www.neubauten.org le processus de création dans son ensemble. Les fans intéressés peuvent alors avoir accès au site après s’être acquittés d’une somme modique qui garantit l’indépendance financière de la production. Sur des plages horaires fixées à l’avance, l’internaute fan du groupe a alors la chance de suivre en live le processus créatif et d’envoyer en direct ses commentaires au groupe. Afin de pouvoir réagir aux commentaires des internautes, chaque personne dans le studio, même l’ingénieur du son et le webmaster, est équipée d’un portable. Toutes les sessions ainsi diffusées – et plus tard les premiers mixes – ont été archivés afin de pouvoir être consultés en ligne et d’être débattus dans le chat ou le forum. Blixa Bargeld affirme que certains morceaux que le groupe souhaitaient écarter après plusieurs tentatives (dont 'Ein seltener Vogel') ont continué à être travaillés parce que les fans souhaitaient les entendre terminés. Grâce leur influence sur la musique, les paroles et la production, ces fans les ont soutenus à plus d’un titre.

"Les commentaires qu’ils nous ont offerts et l’attention qu’ils nous ont portée ont beaucoup compté. Nous avions annoncé dès le début que leur participation au projet était la bienvenue. Mais je ne savais pas quelle forme cela prendrait. Je considérais les fans comme un cercle d’amis élargi, comme des gens à qui vous feriez écouter les premiers mixes. On les a invités à écouter les premiers mixes sur le site et à intervenir sur les textes. Sur un morceau en particulier, deux erreurs sur le contenu ont été repérées. J’ai donc changé la phrase et l’ai incorporée dans la nouvelle version." (Blixa Bargeld)

A la fin du processus de production, chaque fan a reçu le "Supporter Album #1", principalement constitué de choses différentes de ce que l’on trouve aujourd’hui sur 'Perpetuum Mobile' et entièrement c**çues durant les sessions diffusées sur internet.


Route Network
"But where there is danger,
what saves also grows."
Hölderlin

A chaque fois que EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN développe ses morceaux en studio, un thème, une direction, une finalité tend à se dégager au fur et à mesure que le travail avance. Il en va de même avec 'Perpetuum Mobile'. Les paroles sont d’ailleurs beaucoup plus fortement liées les unes aux autres que sur les albums précédents – les thèmes sont dégagés, développés par la suite et finalement explicitement nommés. 'Perpetuum Mobile' parle de changement: l’instabilité, le mouvement et le voyage. Chaque processus créatif est comme un voyage à travers le paysage littéraire. On y rencontre nombre de catastrophes et de forces naturelles à l’état brut – tornades, tsunamis, raz-de-marée – une pluie de catastrophe accompagne le voyageur. Catastrophes intérieures ou extérieures, vécues ou mises en scène, en souffrance ou mises à nu par le biais de l’artifice littéraire. Ce petit abécédaire des catastrophes signé EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN dresse une liste précise des moments décisifs, comme si toutes les catastrophes devaient se produire au moment où l’évolution naturelle change de cap. L’apocalyptique, qui devient beaucoup plus évident sur 'Perpetuum Mobile', offre plusieurs sonorités, et de bien gaies en plus.

Il est possible de suivre plusieurs routes à l’écoute de cet album pour en appréhender les thèmes évidents et cachés. Il y cependant un thème central qu’il est impossible d’ignorer : "Il n’y a pas une seule chanson qui ne parle pas du vent et de la tempête. Là où cela n’est pas mentionné explicitement, on peut presque l’entendre" (Blixa Bargeld). Cela transparaît non seulement dans les textes ('Ein leichtes Säuseln', 'Boreas' – le dieu des vents septentrionaux dans la mythologie grecque), mais on l’entend aussi dans les chansons grâce aux sons de trois compresseurs à air : "Il y a donc un peu moins de métal et un peu plus d’air..." (Blixa Bargeld). Les compresseurs transforment certains tubes en de véritables sections de cuivres, créent des sons d’ultra-basses et sont à l’origine du vacarme de 'Ozean und Brandung'. Dans sa définition métaphorique populaire, le vent est synonyme de changement, d’éphémère, d’intangible et d’incontrôlable. Aucune force interne ne le véhicule et pourtant il a la force de toucher les autres – par l’érosion, par ses chansons.

"Les Khazars avaient des maîtres-d’œuvres qui taillaient de gros blocs de sel et les installaient là où le vent soufflait. Des groupes de blocs de sel étaient installés dans chacun des lieux où soufflaient les quarante vents Khazars (qui étaient pour moitié salé et doux) et à chaque période annuelle des grands vents, la foule venait dans ces endroits pour y entendre le maître-d’œuvre qui avait bâti la plus belle chanson. En touchant les blocs de sel, les vents jouaient à chaque fois une nouvelle chanson en les frôlant sur les côtés et le sommet jusqu’à ce que les blocs, abîmés par la pluie, usés par le regard des passants et léchés par la langue des moutons, disparaissent avec leurs créateurs." (Milorad Pavic, "Dictionnaire des Khazars")

Monosyllabic
Lorsqu’il a commence à écrire les paroles de "Ich gehe jetzt", Blixa Bargeld rassemble plusieurs mots monosyllabiques qu’il utilise comme base de cette chanson. Des sens nouveaux sont créés successivement en recombinant des termes au départ éloignés les uns des autres. Ceci a permis de cerner le sujet et d’une certaine façon de lui donner vie.
La chanson éponyme traite du fait d’être toujours dans le même état d’esprit : elle symbolise la routine des tournées pour un musicien ("in einem Bus mit hundert Sachen" [dans un bus à 150 km/h]), mais aussi la vie quotidienne de deux êtres qui vivent séparés l’un de l’autre : 'Von A nach B der Liebe wegen' [De A à B à cause de l’amour]. Ce qui peut paraître de prime abord surréaliste (l’énumération des choses invisibles qui accompagnent le voyageur) se transforme en un concept clair sur l’idée du changement géo-psychologique, une idée qui sera reprise et développée dans les autres chansons.

'Perpetuum Mobile' est le fruit d’un contexte très particulier. Pas seulement parce-que les méthodes de production diffèrent radicalement des processus d’enregistrement utilisés sur les albums précédents. Les chansons de l’album ont été écrites dans un contexte où le groupe avait encore un pied à Berlin sans avoir posé l’autre dans un autre endroit. Ceci est reflété par le nombre de sujets abordés à travers des paroles qui restent suspendues entre le départ et l’arrivée.


Into the Open
Malgré le côté sérieux qui enveloppe les textes de Blixa Bargeld, on ne doit jamais sous-estimer la force ironique du groupe. Un des éléments caractéristiques des textes de Blixa Bargeld est cette utilisation régulière du point de vue entre le micro et le macro : partant du détail, le regard part ensuite au loin, vers l’ouverture. "M’amuser avec les métaphores cosmiques est un jeu que je pratique ouvertement depuis 'Die Interimsliebenden'. Sur cet album, je le faisais plus ou moins systématiquement" (Blixa Bargeld) . 'Der Weg ins Freie' décrit deux expéditions sous la forme de deux groupes de textes qui se rejoignent sur certains mots ou certaines phrases: la technologie cinématographique de l’écran coupé en deux portée dans le domaine musical. La voix dans le canal gauche décrit le parcours du lit à la fenêtre au réveil tandis que la voix de droite décrit la vision de la planète Terre depuis une autre planète au réveil. C’est à partir de ces changements de perspective abruptes et inattendus que EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN crée des paroles et une musique avec une sorte d’ironie très artificielle que Friedrich Schlegel a décrit comme ce 'sentiment de conflit soluble entre l’absolu et le conditionnel, l’impossibilité et la nécessité de la communication absolue'.

EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN reste encore sur le même terrain avec 'Ende' et 'Neu', puisant toujours leur énergie créatrice en revoyant constamment et de manière contradictoire leur propre positionnement en oscillant entre les extrêmes. Enormément de choses ont été dites depuis leur création en 1980 sur les hallucinations sonores, l’abandon, sur le principe des machines, sur la sonorité des matériaux, sur le refus systématique de faire partie d’un quelconque mainstream. Ils forment un bloc incontrôlable dans le paysage culturel qui refuse avec force de céder aux modes. Nous leur faisons confiance parce-qu’ils ne nous ont jamais déçus, surtout dans la façon dont ils ont su constamment évoluer. La nouvelle feuille de route pour le changement est désormais disponible sous la forme de 'Perpetuum Mobile', un album qui reflète non seulement les facettes déjà connues du groupe mais qui en proposent aussi quelques nouvelles particulièrement étonnantes.


Postscript
Que ce soit l’auteur berlinois de 'Astralnoveletten' (Nouvelles Astrales) qui ait écrit le livre le plus amusant (et aussi le plus absurde) sur la machine en perpétuel mouvement écrit au début du 20ème siècle, il n’en restera qu’une note de bas de page : Paul Scheerbart. Encore un qui a constamment cherché à montrer l’impossible réalité.
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Re: einsturzende neubauten

Message par Blitzkrieg le Mer 5 Sep 2007 - 21:58

J'aurai jamais la force de tout lire Smile

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Re: einsturzende neubauten

Message par Pilline le Mer 5 Sep 2007 - 21:59

moi non plus, tu peux pas faire un résumé stp rammstein ?
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Re: einsturzende neubauten

Message par DunKyZ le Mer 5 Sep 2007 - 23:40

J'ai pas le courage de tout lire ce soir, mais c'est quoi comme style de musique ? Very Happy

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Article 1 /!\ :
Dunkyz a toujours raison .

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Au cas où Dunkyz aurait tort ,se référer à l'article 1 Smile

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Re: einsturzende neubauten

Message par RAMMSTEIN le Jeu 6 Sep 2007 - 12:35

Dunkys a écrit:J'ai pas le courage de tout lire ce soir, mais c'est quoi comme style de musique ? Very Happy

pilline a écrit:moi non plus, tu peux pas faire un résumé stp rammstein ?

donc un petit résumé: en gros einstürzende neubauten est un groupe de metal industriel fondé environ 10 ans avant la chute du mur de berlin.
discographie: 9 albums, 1 double album, 9 single.
"EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN reste encore sur le même terrain avec 'Ende' et 'Neu', puisant toujours leur énergie créatrice en revoyant constamment et de manière contradictoire leur propre positionnement en oscillant entre les extrêmes. Enormément de choses ont été dites depuis leur création en 1980 sur les hallucinations sonores, l’abandon, sur le principe des machines, sur la sonorité des matériaux, sur le refus systématique de faire partie d’un quelconque mainstream. Ils forment un bloc incontrôlable dans le paysage culturel qui refuse avec force de céder aux modes. Nous leur faisons confiance parce-qu’ils ne nous ont jamais déçus, surtout dans la façon dont ils ont su constamment évoluer. La nouvelle feuille de route pour le changement est désormais disponible sous la forme de 'Perpetuum Mobile', un album qui reflète non seulement les facettes déjà connues du groupe mais qui en proposent aussi quelques nouvelles particulièrement étonnantes."
einstürzende neubauten veu dire littéralement: des immeubles neuf qui s'éffondrent.
Le groupe a fait assez de bruit au cours des années 80 pour qu'on se souvienne au moins de son nom imprononçable et de sa réputation (concerts de marteaux-piqueurs). Parmi ses membres: BLIXA BARGELD, ex guitariste de NICK CAVE.

voila pour le pitit résumé. -happy-

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